"LE CHASSEUR 16"
Chasseur de sous-marins 1939-1940

Norvège

Groix
Sabordage, le le 18 juin 1940

Plan du chasseur 16
Plan d'un chasseur de sous-marins de 110 tx (S.H.M. Vincennes)

Caractéristiques

Les chasseurs de sous-marins de 110 tx N° 8, 12, 15 et 16 avait été construits aux Ateliers et Chantiers de Seine maritime, au Trait et lancés juste avant l'invasion.

Ils étaient arrivés à Lorient, le 16 juin 1940, venant en remorque de Cherbourg, pour leur armement. Seul le chasseur N° 15 était armé pour ses essais.

Le Chasseur N° 16, lui, n'avait pas de commandant et à cinq mois de son achévement, était équipé d'un unique moteur. Ce type de navire était propulsé par deux moteurs MAN de 1130Ch qui pouvaient lui procurer une vitesse de 15.5 noeuds.
Il possédait un canon de 75mm, deux mitrailleuses de 8mm et des lanceurs de grenades sous-marines. Son équipage devait être de 23 hommes.

Le naufrage

Lors de l'avancée allemande, la flotte militaire a appareillé de Lorient en catastrophe. Le Chasseur 16, trop lent sur son unique moteur, ne pouvait pas être amené en Angleterre.

Il fut donc sabordé à la Pointe de Pen Men, ile de Groix, par 35 mètres de fond, le 18 juin 1940, à 19h 45.

Le chantier, les résultats :

Xavier Poncet et Jean Michel Kéroullé en ont fait la déclaration aux affaires maritimes, le 30 juin 1998. Cette concession a été accordée le 27 janvier 1999 par la Direction départementale des Affaires Maritimes au bénéfice des inventeurs. Concession renouvelée le 2 février 2015 pour deux ans.

L’épave du Chasseur 16 repose sur un fond horizontal, constitué de sable grossier et de graviers. Elle est encadrée dans ses parties ouest et sud par un affleurement de roche feuilletée s’élevant de moins de deux mètres dans ses parties les plus hautes. La profondeur du site, au niveau du sable, atteint une trentaine de mètres. L’épave est orientée cap au nord. L’épave se divise en deux ensembles bien distincts. La partie arrière qui regroupe plusieurs éléments en place émergeant largement du sable et la partie avant constituée de divers éléments épars et partiellement enfouis dans le sédiment. La partie arrière de l’épave est entièrement ouverte mais les vestiges ont conservé une certaine cohérence. La coque, au dessus du fond, a par contre complètement disparue. Tous les éléments et équipements qui apparaissent dans ce secteur de l’épave semblent cependant être demeurés à leur emplacement d’origine. L’objet le plus important visible sur l’épave se situe dans cette partie des vestiges. Il s’agit d’un moteur Diesel à six cylindres en ligne posé droit sur le fond et encore fixé sur son bâti. Immédiatement sur son avant et déporté sur bâbord, gît un groupe électrogène couché sur son flanc droit.
Sur bâbord du moteur, une grosse bouteille d’air comprimé de lancement est couchée sur le fond. A l’extérieur, quelques membrures affleurent à la surface du sable, perpendiculairement au moteur. Sur tribord, un second groupe électrogène repose en travers de l’axe général de l’épave, à la hauteur de celui de bâbord. Une seconde bouteille d’air comprimé est également couchée sur le fond, en avant d’un réservoir encore fixé sur son support. Entre ce réservoir et le groupe électrogène un emplacement apparaît vide, à hauteur du moteur Diesel bâbord. Cet emplacement pourrait correspondre, par ses dimensions et sa localisation, à celui d’un deuxième moteur Diesel, jumeau de celui présent à bâbord. Divers éléments de tuyauterie sont visibles dans ce secteur. Sur l’arrière de cette zone, se trouvent deux longues bigues, symétriques. Elles sont réunies, sur l’avant par une pièce métallique transversale qui porte une articulation à chacune de ses extrémités. Cette partie de l’épave repose sur un assemblage de tôles qui pourrait être les vestiges du parquet de la salle des machines. La limite externe de ces vestiges dessine la forme de l’arrière tribord de la coque. Les deux bigues conduisent à la mèche du gouvernail qui se dresse verticalement à son emplacement d’origine. Le sommet de la mèche du gouvernail constitue le point culminant de l’épave.

Plaque du canon

Chasseur de sous_marins

Feu de navigation tribord

Plaque du canon qui a permis l'identification du navire
(Photo X. Poncet)

Epave du chasseur 9 à Dunkerque
Photo R. Alloin, ECPA)

Feu tribord du Chasseur 16
(Photo X. Poncet)

L’extrémité arrière des bigues est décalée sur tribord de l’axe de l’épave d’environ un mètre. Entre les deux bigues, approximativement à mi-distance de leurs extrémités, un treuil électrique gît renversé sur son côté tribord. Au pied de la mèche de gouvernail, le haut très arrondi d’une pale d’hélice émerge du sédiment. Quelques varangues, en place, sont également visibles juste en arrière de la mèche du gouvernail. Cette disposition correspond à l’existence d’un safran suspendu sous la coque. A quelques mètres sur tribord vers l’avant, juste en arrière du treuil électrique, le secteur de barre est posé sur le fond, sa partie avant dirigée vers l’arrière de l’épave.
Entre la mèche du gouvernail et les moteurs, diverses pièces métalliques, difficilement identifiables au premier abord, parsèment le fond. Un davier à rouleaux est reconnaissable immédiatement sur l’avant tribord de la mèche du gouvernail. La longueur de cette partie arrière, entre les groupes électrogènes et la mèche de gouvernail, est de l’ordre de quinze à vingt mètres ; sa largeur est de l’ordre de cinq à sept mètres. La partie avant du site ne présente qu’assez peu d’éléments et est nettement plus déstructurée. Dans cette partie de l’épave également, la coque est complètement ouverte mais les vestiges visibles paraissent dispersés par rapport à leur emplacement d’origine. Une grande partie de l’épave, tôles de bordé et ponts, doivent se trouver sous quelques centimètres de sédiment. Quelques fragments en apparaissent de place en place. A quelques mètres sur tribord de l’axe de l’épave et à une dizaine de mètres sur l’avant des groupes électrogènes, une cuve métallique parallélépipédique est aux trois-quarts enfouie.

Plus à l’ouest, une pièce métallique en forme de pyramide arrondie et percée d’une ouverture pointe vers la surface. Ce fragment pourrait correspondre à l’extrémité supérieure de l’étrave du bâtiment. Plus en avant et dans l’est un canon monté sur un affût conique est couché sur son flanc bâbord, à demi ensablé. L’affût est encore fixé sur un fragment de support de tôle hémicylindrique. Ce support de tôle se trouvait probablement sous le pont où était installé le canon. Le canon paraît être d’un calibre moyen, supérieur à 50 mm et inférieur à 100 mm. Devant le canon, dans l’axe général de l’épave gît un guindeau de petite dimension. Quelques fragments de bordé, en partie enfouis dans le sédiment, bordent cette pièce. Les membrures de ces éléments de coque sont tournées vers le haut. Une de ces tôles montre une succession d’évidements allongés aux extrémités arrondies et longs d’une vingtaine de centimètres. Cet élément constitue l’extrémité avant des vestiges visibles. Sur tribord, isolées sur le sable, deux tiges métalliques marquent la limite nord-est de l’épave.

Plan du Chasseur 4
Chasseurs de Sous-Marins CH4 1933 (CHA-CH11933C024.tif) S.H.M. Vincennes

Entre les moteurs et le guindeau, à quelques mètres dans l’ouest, trois structures similaires, d’une surface de quelques mètres carrés, gisent sur le sable. Deux d’entre elles se côtoient dans l’ouest tandis que celle de l’est se trouve isolée. Ces structures sont constituées par l’assemblage, riveté, de tôles de laiton ou de cuivre montées sur des cornières du même métal. Ces plaques forment entre elles des angles obtus. Elles sont percées de découpures rectangulaires, hautes d’une cinquantaine de centimètres et large d’une quarantaine de centimètres. Ces ouvertures évoquent des sabords ou des fenêtres de passerelle.

Les dimensions de l’épave et les différents éléments identifiables parmi les vestiges correspondent tous à ceux représentés sur les plans de navires de type « chasseur » numérotés construit entre 1938 et 1940. La symétrie parfaite des deux bigues, la position de la mèche du gouvernail et du moteur Diesel démontre que lorsque le navre a sombré, il s’est posé sur le fond droit sur sa quille. L’obstacle constitué par l’épave, en travers des courants de marée, a alors provoqué le creusement d’une souille où elle s’est en partie enfouie. Les murailles de sa coque se sont ensuite ouvertes et effondrées sur place. Elles gisent probablement sous les sédiments à la périphérie immédiate des vestiges apparents. Ce même scénario est compatible avec la disposition et la dispersion des vestiges situés sur l’avant. Ces derniers, éléments de la passerelle, guindeau ou canon, étaient à l’origine posés sur le pont principal et ont pu basculer lors de l’effondrement de la coque. Ce basculement justifierait la disposition des vestiges. La plus grande cohérence des restes de la partie arrière de l’épave découle de deux causes. Elle s’explique à la fois par la situation, abritée de l’action des engins de pêche par l’affleurement rocheux qui l’encadre et par le fait qu’ils oient constitués en majorité par des équipements lourds, fixés plus bas et plus longtemps protégés à l’intérieur de la coque.

video de l'épave
Video

L’absence du moteur Diesel tribord peut, quant à elle, résulter soit de son relevage après le naufrage, soit qu’il n’ait jamais été installé. Cette dernière hypothèse pourrait s’accorder avec celle du sabordage d'un navire lent et peu manoeuvrant..

Position

Carte du naufrage

Zone : Groix - 470340
Latitude : 47° 39'. 987 N - longitude : 003°27'. 520 W

Sources

Dictionnaire des bâtiments de la flotte française par JM Roche ; "Navires français endommagés/coulés durant la seconde guerre mondiale" Bertand d'Aubigny ; rapport du LV David L.Y.C.M cdt du Chasseur 15) ; Prospection - Inventaire SAMM. Directeurs de prospection : Xavier Poncet, Jean-Michel Kéroullé.

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