Le 19 décembre 1835, le Colbert quitte le Havre pour se rendre à Cherbourg. "La brise était favorable", quoique un peu forte. Le matelot Lecannellier seul, homme échappé au sinistre qui suivit ce commencement de voyage relate ainsi les diverses circonstances de son naufrage :
"Nous sommes partis du Havre à onze heures du matin, dit ce brave matelot, avec bonne brise de N.-E. Nous avons doublé la pointe de Barfleur vers les neuf heures du soir. A onze heures nous eûmes connaissance des feux de l'île Pelée et de Querqueville. Les vents ayant passé au N.-N.O. Nous avons couru quelques bordées. A deux heures moins un quart nous avons manqué l'évolution du virement de bord. Un peu après, nous avons touché sur les rochers de la pointe N.-O. de l'île Pelée. La mer déferlant par-dessus le navire qui commençait à se pencher violemment, je me suis dévoué, aux sollicitations du capitaine Bonnetard et de M. Mauger, frère des armateurs, embarqué sur le Colbert comme passager, à me jeter à la mer, pour porter une ligne sur une roche dont nous apercevions la pointe, afin d'établir un va-et-vient, qui put aider une chaloupe à sauver l'équipage. Mais à peine étais-je arrivé sur le rocher que je n'ai plus aperçu le navire. Dans cette extrémité je me suis décidé à traverser un bras de mer qui me séparait du fort, bien que ce dernier me parut être à une grande distance de moi. Après mille efforts, et après avoir été longtemps ballotté par la mer qui me jetait de rocher en rocher, je suis enfin parvenu au pied du fort de l'île Pelée, où je me suis cramponné à une barre de fer qui liait les pierres, et là, exténué de fatigues, j'ai attendu que quelqu'un me portât secours. Enfin le jour allait venir, lorsque je fus aperçu, et l'on me transporta sur le fort, où je reçus les soins les plus empressés. A huit heures du matin j'avais repris connaissance avec quelques forces, et j'appris que le capitaine Bonnetard, M. Mauger, le second du navire, M. Bouchard et le mousse avaient été aperçus à peu de distance du fort, sur un petit radeau qu'on vit presque aussitôt chavirer en même temps que disparaissaient les malheureux qui le montaient. Peut-être avec une bouée de sauvetage ou quelque appareil de salut, aurait-on réussi à les sauver".
Dès le matin la côte de Cherbourg se bordait de débris. Vers dix heures Un coup de canon tiré du Fort-Royal annonçait le besoin de secours. Le pilote Ferey n'hésita cependant pas à s'embarquer avec son équipage de péniche. Ils parvinrent pourtant à franchir la distance qui séparait la plage du théâtre présumé de la catastrophe. Douze victimes avaient perdu la vie dans ce naufrage.
Le corps du capitaine et le cadavre d'un matelot échouèrent bientôt sur la rive, plus loin on trouva un autre naufragé, noyé sur des débris auxquels il s'était attaché.
Sources :
Journal du Havre ; "Le Naufrage du COLBERT 1835", Amédée Gréhan (La France Maritime, 1837)
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