L'abordage du Paquebot LOUISIANE
Par le SS GIRONDE

France

Banc de Richard, Gironde
Lundi 20 décembre 1875

Le Paquebot LOUISIANE
Paquebot LOUISIANE, Compagnie Générale Transatlantique, Illustration Louis Le Breton, témoin des marines du XIXème siècle.

Caractéristiques

Long de 86,44 mètres pour une largeur de 11,90 mètres, le LOUISIANE avait été racheté en 1862, en Angleterre, sur les chantiers J & G Thomson, à Govan, Yard (#57)(1), alors qu'il était en construction sous le nom de CORTES.

Il est donc lancé le le 17 décembre 1861, sous le nom de LOUISIANE pour la Compagnie Générale Transatlantique. Jaugeant 2045 grt, il avait un port en lourd de 1 200 tonnes et pouvait transporter 183 passagers.

Il inaugure la ligne des Antilles et du Mexique au départ de Saint-Nazaire le 14 avril 1862. D'abord motorisé par son constructeur J & G Thomson, le 22 août 1866, allant de Colon à Saint Nazaire, il casse son arbre de couche. Fait route à la voile sur La Corogne où il arrive le 25 à minuit, remorquée par un vapeur espagnol. Repart le 31 à la remorque du FLORIDE, envoyée de Saint Nazaire, pour le ramener dans ce port où il arrive le 2 septembre.

En 1867, en réparations au Havre, il reçoit une hélice à pales inventé par les Frères Mazeline. (3).

Le LOUISIANE est l’un des tout premiers « gros vapeurs « à être propulsé par une hélice à pales en fonte. En 1872, il est doté de chaudières à haute pression.

Le naufrage

"En provenance de Colon (Panama), le Louisiane, placé sous la responsabilité du Commandant Riboulet avait engagé le chenal de Gironde, après avoir embarqué Monsieur Kervaven, pilote de la station de Pauillac.

À son bord, 128 personnes dont quelques passagers à destination de Bordeaux et du Havre et des marchandises en cales, en particulier des noix de corozo destinées à la fabrication de boutons. Faisant route sur Pauillac, il y parvenait par nuit noire et temps très brumeux diminuant considérablement la visibilité.

Sur rade, le pilote dit apercevoir un navire au mouillage, feu blanc dans la mâture. S’engagea, alors, une manoeuvre d’évitage par bâbord du navire supposé stationné. En fait, ce navire faisait route et l’abordage fut inévitable.

persé
Le Courrier de Bretagne (25/12/1875)

Coulé en quelques minutes :
Le bâtiment, un paquebot des Messageries Maritimes nommé Gironde, heurta Louisiane par son travers tribord, au niveau du grand mât, donc des machines. Il était 22h 15, le choc fut brutal. Louisiane sombrait en quelques minutes.
Le navire abordeur organisa aussitôt les secours, aidé par les chaloupes du steamer anglais Iberia qui permirent de transborder, au total, 111 naufragés. Restaient, néanmoins 17 victimes à bord du Louisiane et une sur le Gironde. Le lendemain, on devait en déplorer une de plus, un membre de l’équipage du Louisiane, noyé alors qu’il avait embarqué sur un ponton à vapeur sur les lieux du drame."

Le Naufrage (Voir l'article du Figaro du 22 janvier 1875

Paquebot LOUISIANE

Sortie du LOUISIANE

Le Louisiane

 Gravure de l'abordage

Le SS GIRONDE :

"Prototype des futurs paquebots destinés à remplacer les navires de type GUIENNE sur la ligne d'Amérique du Sud, dernier paquebot à guibre (4) construit à La Ciotat sur les plans d'Octave Vésigné pour les Messageries Impériales.
Lancé le 31 janvier 1869 et premier départ de Bordeaux le 25 octobre 1869 pour La Plata. Le 20 décembe 1875 aborde et coule devant Pauillac le paquebot LOUISIANE de la Transat qui est reconnu responsable (14 victimes à bord de ce dernier). Le 2 mars 1879 engage à la sortie de Rio de Janeiro une course avec BRITANIA, paquebot neuf de la Pacific Steam Navigation Co et arrive avec une heure d’avance à La Coubre.

Refondu en 1887 à La Ciotat : deux cheminées remplacées pa une seule, mât d’artimon supprimé, machine neuve 2400 cv, vitesse 14,3 noeuds.

Le 17 février 1888 remis en service sur les lignes du Levant. Affecté en octobre 1897 à la ligne annexe Diego-Suarez, Beira, Lourenço-Marques. Démoli en 1906 à Saigon."

SS GIRONDE
Texte et photo: http://www.es-conseil.fr/pramona/gironde.htm

Caractéristiques : Paquebot à 3 mats et avant à guibre longueur: 121 mètres largeur : 12,20 mètres jauge brute: 3261 tx port en lourd : déplacement : 4023 tonnes passagers : 300 passagers propulsion : machine compound à trois cylindres puissance : 1900 CV vitesse : 14 noeuds 1 hélice 2 cheminées jusqu'en 1887 puis une seule.

Les victimes :

Riboulet, Capitaine - Jules Monnaye, 3ème lieutenant - Rional, 3ème mécanicien - Aubel, elève-mécanicien - Hurray, capitaine d'armes - Jouvet, matelot - Lescop, mousse - Maupoumé, graisseur - Maéheski, chauffeur - Bouteleur, chauffeur, Pagès, soutier, Beurel, boucher, Launier, garçon. Plus une passagère Victorinne Lommonier Parmi les rescapés figurait un officier de pont qui portait un nom célèbre, Louis Berlioz, fils du grand musicien, Hector Berlioz ainsi que Mme et M. Gandarias, consul d'Espagne à Saint-Thomas et les capitaines Boyer et Blanche.

Position

Carte du Naufrage

L’épave mystérieuse :

22 septembre 2006 "Il y a trente ans, lors d’un programme d’approfondissement du chenal, le Port de Bordeaux décidait d’enlever une épave inconnue située en Gironde, près de la côte médocaine, au droit du phare de Richard. Diverses prospections réalisées entre 1958 et 1976 laissaient alors penser qu’il s’agissait d’un grand voilier à coque métallique d’environ 85 mètres de long. Ce bâtiment était conforme à ceux dont disposaient différents armements vers les années 1870.

En 1975, le chantier fut confié à l’entreprise Ulricharms de Hambourg. Les travaux débutèrent le 12 avril 1976 à l’aide de divers engins dont une grue flottante de 800 tonnes. Émaillée de divers incidents, l’opération ne s’acheva qu’en mars 1977, soit une année plus tard. Les premiers éléments de l’épave relevés donnèrent déjà des informations plus précises quant à la nature du navire, sans, toutefois, en révéler l’origine ou le nom. Il s’agissait d’un trois-mâts à vapeur pourvu de trois chaudières.

Le 4 juin, le quotidien régional Sud-Ouest titrait : « Mystère en Gironde autour de l’épave d’un vapeur naufragé il y a un siècle ». Le navire identifié Les événements se précipitèrent alors et, le 16 juin, le Port autonome de Bordeaux provoquait une réunion au cours de laquelle différents objets retrouvés lors des opérations étaient remis au Musée de la Marine (136 pièces au total). Il annonçait aussi, avoir reçu un courrier de la Compagnie Générale Transatlantique révélant qu’il s’agissait du paquebot Louisiane, coulé le 20 décembre 1875 à la suite d’un abordage."
Texte Alain Cotten in Chronique du fleuve 2006

Les fonds de la mer :

"Pourquoi faut-il rappeler maintenant un bien douloureux souvenir, une épouvantable catastrophe! Dans les dépôts sous-marins que nous allons passer en revue se trouve un échantillon échappé par le plus grand des hasards au naufrage de la Louisiane. Le sinistre récent survenu à l'embouchure de la Gironde est trop présent à l'esprit pour que besoin soit d'en parler longuement. Nous n'ajouterions rien à la profonde douleur de tous ceux chez lesquels bat un cœur sensible, mais nous devons au moins une parole de regret à la mémoire de l'infortuné commandant Riboulet. Le nom de M. Riboulet demeurera inscrit au rang de nos coopérateurs, parce que la mort seule a empêché cet officier de favoriser nos travaux. Prié par l'intermédiaire de M. Nicolaï, receveur des Douanes à la résidence de Pauillac, de nous rapporter des matériaux de travail, M. Riboulet s'était occupé de cette mission, dans son dernier voyage, avec un empressement dont témoigne le manifeste du bord. Le colis enregistré devait sombrer en arrivant au port !"

"Les fonds de la mer. Étude sur les particularités nouvelles des régions sous-marines"
L. De Folin et Perrier, Savy, librairie éditeur, Paris 1875-1879

Notes

1. Il y a un différend sur le chantier de construction du LOUISIANE. Tandis que les archives de la French Line donne le chantier chantiers Laird & Company de Greenock, qui a bien construit en 1862 le FLORIDE (*), les archives en langue anglaise (www.clydesite.co.uk et Miramar Ship Index) donne toutes les deux le chantier J & G Thomson, à Govan, Yard (#57).

2. FLORIDE : Mis en chantier par Caird & Company Greenock, Yard No 94 sous le nom de COLON, pour l'armement espagnol Conte & Co, Cadiz. Racheté sur chantier et lancé le 31/12/1861 sous le nom de FLORIDE pour la Compagnie Générale Transatlantique. Tonnage: 1995grt, 1278 nrt (1876: 1859 grt 1115 nrt). Dimensions : Length: 286.1ft Breadth: 39.1ft. Remotorisé par la SA de Construction Navale, Le Havre en 1874, il passe d'un deux cyl. de 400 nhp à 500nhp T3cyl. Il sera ferraillé en 1897 sous le nom COLOMBIE qu'i avait acquit en 1874.

3. Les Établissements Mazeline : Mazeline-père exploite un atelier de forge et serrurerie rue St Jacques. Les deux fils, qui succèdent à leur père, développent l’activité et transfèrent les ate-liers place Ste Cécile, puis acquièrent des terrains le long du canal Vauban. Vers 1844, les frères Mazeline commencent la fabrication de machines marines: ils obtiennent la médaille d’or à l’exposition universelle de 1844. En 1847, l’effectif est de 360 salariés. En 1856, la Ateliers Mazeline deviennent “Chantiers et Ateliers du Canal Vauban, Mazeline et Cie”. En 1863, à la suite d’une fusion avec Monsieur Armand de Bordeaux, ils prennent le nom de “Cie Anonyme des Chantiers de l’Océan”. En 1871, les “Forges et Chantiers de la Méditerranée”, installés à la Seyne rachètent les chantiers Mazeline et achètent également des terrains qui formeront les “Chantiers de Graville”. L’effectif de Mazeline est à cette époque de 920 salariés.

Macine Mazeline

Machine Mazeline

Machines marines Mazeline

4. La guibre est une étrave de bateau de forme tulipée (concave) entre la ligne de flottaison et l'extrémité avant du pont, que l'on rencontre souvent sur les bateaux méditerranéens, par exemple les boutres arabes. Sa fonction principale, très utile notamment en Méditerranée, est de défléchir les vagues et embruns en particulier lors de la navigation dans le clapot et les vagues courtes, de plus cela augmente considérablement le volume de l'avant du bateau, ce qui l'empêche d'enfourner (planter l'étrave dans les vagues), ainsi que la surface du pont avant, ce qui facilite les manœuvres notamment par gros temps.

5. Voir aussi l'autre navire LOUISIANE, naufragé en 1916 : http://www.archeosousmarine.net/bdd/fichetech.php?id=11686

Sources

Archives nationales (9 AQ 283 à 9 AQ 285 Sinistre du SS. Louisiane.) ; L’Illustration, publié en 1862 ; Louisiane (April 14, 1862 December 20, 1875) ; "French Lines" Bulletin N° 31, juillet/octobre 2002 ; Le Figaro (22 janvier 1875) ; Miramar Ship Index, R.B. Hawthorn ; Conservatoire de l'Estuaire de la Gironde (Chronique du fleuve 2006) ; " Traité théorique et pratique des moteurs à vapeur. Tome 2", Armengaud Ainé ; "Historique de la Flotte des Messageries maritimes-1851-1975", par le commandant LANFANT, réedition 2001, Association des Anciens des Etats-majors des Messageries Maritimes ; "Le grand siècle des Messageries Maritimes" Paul BOIS, Chambre de Commerce et d'Industrie de Marseille-Provence, 2ème édition, 1992 ; Le Courrier de Bretagne (25/12/1875)

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