MAORI
(1958-1971)
Pavillon français
Golfe de Gascogne
Perdu corps & biens, le 9 novembre 1971


Le MV Maori

Caractéristiques

MAORI (1), cargo, 7474 brt, 3847 net, 9251 dwt, lancé le 29 juin 1958 par les chantiers Navals de La Ciotat (yard 193) pour la Compagnie des Messageries Maritimes, Dunkerque (2). Prototype d'une série de 10 navires identiques (série G et H), dits "9300 tonnes". Les quatre autres navires de la série G sont: MARQUISIEN, MALAIS, MAURICIEN, MARTINIQUAIS.

Il mesure 513.8 x 64.9 x 26.5 pieds (156.6 x 19.7 mètres). Il est propulsé par un moteur diésel Sulzer 10 cylindres (760 x 1550 mm) fabriqué par la Compagnie de Constructions Mécaniques à Saint-Denis, d'une puissance 13450 BHP, lui donnant une vitesse de 19,6 noeuds

Navire de charge affecté à la ligne Europe du Nord-Extrême Orient jusqu'en 1959, puis sur le Pacifique Sud par Panama, Tahiti et lma Nouvelle Zélande..

passerelle

Réfectoire

Passerelle du Maori

Réfectoire de l'équipage

Le naufrage

5 h 30 mardi matin, les stations radio côtières et notamment celle du Conquet captent un S.O.S. du cargo "Maori": "Demandons assistance immédiate 46,5 Nord. 12 W".
Puis, plus rien... Le grand silence se fait sur l'onde de détresse, seulement troublé par les accusés de réception des navires qui s'estiment les mieux placés pour se diriger vers le navire en difficulté et qui signaient qu'ils se déroutent.
Jeudi à 14 h... Les recherches qui se poursuivaient et qui se poursuivront à la demande du Secrétariat Général de la Marine Marchande, sont restées vaines. Au cours de son Conseil du 10 novembre, le Gouvernement a rendu hommage aux victimes du "Maori".
Plus rien Jusqu'à 9 h 30, heure à laquelle un avion S.A.R. de la Base aéronavale de Lann Bihoué qui a décollé à 7 h 45 fait savoir qu'il a aperçut sur une zone de deux milles d'une mer très houleuse, des débris, une embarcation quille en l’air... une nappe de mazout.
Entre 5 h 30 et 9 h 30 que s'est-Il passé ? Le naufrage, à coup sûr, du "Maori", cargo de 9.600 tonnes de port en lourd, mis en service en 1958, rentrant d'un voyage en Océanie par le Canal de Panama, ayant fait escale à Cristobal le 28 octobre et attendu au Havre le 10. avec un chargement de 7.920 tonnes, dont 6.744 tonnes de mattes de nickel chargées à Nouméa.
Enfin, un nouveau message du même aéronef après 11 heures qui signale à sa base qu'il a vu deux hommes, l'un agrippé à une planche, l'autre qui portait sa ceinture de sauvetage, qu'il a lancé une double chaîne S.A.R. et qu'il fait route sur le cargo allemand "Vegesack", le navire le plus proche, pour le guider sur les deux naufragés.
Enfin, encore à 13 h, le navire allemand signale à son tour qu'il a, non sans difficultés, recueilli un homme fatigué, transi, mais vivant dans le canot pneumatique parachuté par l'avion. Cet homme, c'est le lieutenant mécanicien Jean-Yves Duclaud...
Voilà... tout le reste est presque de la littérature... celle que noue nous refusons à faire, tellement nous sommes bouleversé par cette disparition non pas d’un navire... car un navire se remplace, mais par la disparition de 38 officiers, maîtres et marins dont certains pour celui qui écrit ces lignes et pour les siens - nos lecteurs nous pardonneront notre émotion
Que s'est-il donc passe peu après 5 h 30 à bord du "Maori", car un navire de 9.000 tonnes, tirant plus de 7 mètres d'eau, bien entretenu et encore jeune, ne disparait pas en quelques Instants, même si le temps est mauvais (un vent de 45 nœuds, des creux de 5 mètres) sans un événement quasi extraordinaire.

passerelle

Réfectoire

DON ANTONIO - IMO 6500521

VEGESACK IMO 5377549

Le rescapé

Au moment où nous écrivons ces lignes, on ne le sait pas encore très bien... Le lieutenant mécanicien J.-Y. Duclaud, interrogé par phonie à bord du cargo allemand "Vegesack" qui devait le débarquer jeudi à La Horta. a parié d'une gite de 45 degrés que le "Maori" avait prise en quelques minutes, d'explosions, de l'évacuation immédiate du navire par l'équipage qui s'est retrouvé à la "patouille", de quelques camarades qui s'étaient agrippés à l'un des pneumatiques.
C'est bien là tout ce que l'on sait et la vérité si on peut la connaître tout entière, on ne l'aura que lorsque le rescapé répondra aux enquêteurs du service des Affaires maritimes et aux dirigeants de la compagnie des Messageries Maritimes. Car. pour le moment, si on recherche le canot pneumatique qui a pu filer dans le lit du vent, avec des moyens accrus, frégate lance-engins "Duquesne" de l'escadre de l'Atlantique, navire météo "France-I", cargo "Winnipeg" de la Transat, sans compter les avions de la B.A.N. de Lann-Bihoué et des navires étrangers qui sont en communication constante avec Le Conquet-Radio, le Cross-Atlantique d'Etel et la préfecture maritime de Brest qui dirige et coordonne les opérations, c'est parce que l’on garde encore un frêle espoir, mais d'autant plus frêle que les heures passent...

Cinq corps

Toutefois, deux navires étrangers ont repêché cinq cadavres non encore identifiés : quatre qui sont à bord du "Blue Bell" faisant route sur Cardiff et un sur le "Don-Antonio" dont la destination est Hambourg.

Il s'agit des corps de : Francis Haas, officier radlo-éloctriclen - Joseph Valéry, électricien ; Guy Lorand, chef cuisinier - Raphaël Sidi Ali . matelot, et un cinquième non encore officiellement Identifié.

Le Marin 12/11/1971

Equipage

Etat-major :
Yves Le Bel, Commandant, marié, 2 enfants, 45 ans - Félix Véran, Second capitaine, marié, 2 enfants, 37 ans - Hubert de Thy, Lieutenant pont, marié, 26 ans - Aymeric de Saint Palais  Lieutenant pont, 27 ans - Charles Martin, Chef mécanicien, marié, 2 enfants, 40 ans - Henri Rupin, Second mécanicien, marié, 2 enfants, 36 ans - Edouard Ricard, Lieutenant mécanicien, marié,  50 ans - Gilbert Denis, Lieutenant mécanicien, 24 ans - Francis Haas, Officier radio, 39ans - Daniel Puel, Elève radio, 17 ans.

Personnel :
Jackie Bodo, Maître d’équipage, marié, 3 enfants, 35 ans - Albert Vitali, Second maître, marié, 1 enfant, 54 ans - Alexis Kernoa, Charpentier, marié, 3 enfants, 43 ans - Roland Jobin, Capitaine d’armes, marié, 52 ans - Roger Guillou, Matelot,  marié, 2 enfants, 42 ans - Eugène Habada, Matelot, 26 ans - Jean Claude Le Guilcher, Matelot, 36 ans - Raphaël Sidi Ali, Matelot, 19 ans - François Couric, Matelot, marié, 32 ans - Christophe Congre, Matelot, marié, 2 enfants, 31ans - Michel Brunot, Matelot, marié, 2 enfants, 49 ans - André de Boisvilliers  Novice pont, 18 ans - Joseph Valéry, Electricien, 46 ans - Henri Henric, Ouvrier mécanicien, marié, 2 enfants, 34 ans - Yves Le Manchec, Graisseur, 38 ans - Jean Prioux,  Graisseur, marié, 2 enfants, 41 ans - Jean Vince, Graisseur, 46 ans - Robert Quéré, Graisseur, marié, 1 enfant, 23 ans - Djama Hadj Ibrahim, Nettoyeur, 1 enfant, 46 ans - Ben Ali Amady, Nettoyeur, 2 enfants, 44 ans - Jean-François Mary, Novice machine, 17 ans - Pierre Monnier, Intendant, marié, deux enfants, 45 ans - Guy Lorand, Chef cuisinier, marié, 1 enfant,28 ans - Amani Assoumani, Garçon, 5 enfants, 39 ans - Guy Jegou, Garçon, marié, 4 enfants, 50 ans - Idjihadi Madi, Garçon, 3 enfants, 32 ans - Aboudou Ibouroy, Garçon, marié, 34 ans - David Achy, Postal, marié, 4 enfants, 51 ans.

Survivant : (3)
Lieutenant mécanicien Jean Yves Duclaud.


Jean Yves Duclaud

Rechercher la cause

Bien sur. c'est la grande question qui s'est posée, dès le premier Jour, et qui se posera toujours car II sera bien difficile de savoir exactement ce qui s'est passé quelques minutes avant 5 h. 30 à bord du cargo commandé par le capitaine au long cours Yves Le Bol.
En effet, non seulement le commandant du Maori a disparu, mais également tous ceux qui ont vu l’accident se produire : le second capitaine Véran. qui avait présidé au chargement du cargo et qui était de quart sur la passerelle, l'officier de quart de la machine, voire même l’officier radio, qui a été en contact avec la passerelle au moins un court instant, puisque c'est sur les ordres du commandant qu’il a lancé le S.O.S. soit sur l’émetteur principal, soit, ce qui apparaît plus vraisemblable. sur l'émetteur de secours, en raison même de la faiblesse des signaux captés par les stations côtières.
On en ost donc réduit aux hypothèses. Sans aucun doute, le témoignage du lieutenant mécanicien J.-Y. Duclaud est intéressant, bouleversant même en ce qui concerne les conditions de sa survie. Mais iI ne peut apporter que des indications sommaires aux officiers de l'armement et aux Ingénieurs des services techniques des Messageries Maritimes. pour la bonne raison qu’il ne s'est pas trouvé depuis son réveil en sursaut, en contact direct avec le personnel qui était de service en haut et en bas.

Une hypothèse parmi d'autres

Le lieutenant mécanicien a été longuement interrogé, d'abord par le commandant Brandon. Inspecteur de la navigation de la compagnie, qui avait été dépêché pour assurer son rapatriement, ensuite à Paris.
D'après ce qui nous est revenu. Jean-Yves Duclaud, qui avait quitté le quart à 23 h., s'est réveillé après 3 h, quand son successeur, après sa propre relève, lui-même rentra dans sa chambre.
A ce moment, le Maori était fortement secoué, mais iI faisait bonne roule, épaulant confortablement la lame. Ce n'est que quelques minutes avant 5 h. 30 que Jean-Yves Duclaud s'est une nouvelle fois réveillé et, à ce moment, le Maori avait déjà une gite impressionnante sur bâbord. Il se leva et quand retentit le signal d'alerte, après s'être saisi de sa combinaison de caoutchouc. Il s'empressa de gagner son poste d’abandon, le local du moteur de secours, qu'il mit en marche, ce qui permit probablement à l'officier radio de lancer son S. O. S.
Combien de temps le cargo est-il resté couché avant de sombrer ? Dix minutes environ, d’après son estimation...
Evidemment, ces indications sont assez vagues, mais elles permettent cependant d'éliminer certaines hypothèses, notamment toutes celles qui ont pu être envisagées en fonction d'un événement extérieur au navire lui-même. C’est donc à l'intérieur du navire que les techniciens recherchent... sans avoir la certitude de trouver.
En fait. Ils écartent tout ripage de la cargaison avant que le cargo tombe en travers. L'examen du plan de chargement ne laisse aucun doute A ce sujet. Le module de stabilité du navire était on ne peut plus normal et si. avant l'accident, le navire a pu être secoué en raison de l'état de la mer. la route qu'il suivait était telle qu'il ne courait aucun risque de déplacement de ses mettes de nickel fort bien réparties et arrimées dans les cales, faux-ponts et shelter-deck.
Or iI est incontestable que le navire est tombé en travers. sur tribord et c'est lorsqu'il est resté couché avoc une forte gite que la cargaison a pu riper et modifier considérablement le module de stabilité jusqu'au point d'interdire son redressement.
Quel événement a pu faire venir si dangereusement le navire en travers et l’empêcher de revenir debout à la lame ? Une avarie de machine apparaît exclue, car le lieutenant mécanicien affirme que le moteur tournait avant qu'il ne gagne le local du moteur de secours et qu'il ne s'est arrêté que quelques secondes avant la mise en marche de l'auxiliaire.
Une avarie de barre, ou plus exactement la barre bloquée, sous un angle suffisamment faible pour qu'il ne puisse pas remonter au vent ? Les techniciens des Messageries ont retenu la possibilité d'un avarie du gyro-pilote. dont le chef de quart ne s'est pas immédiatement aperçu... Et il apparaît que c'est là une éventualité qui ne peut être écartée, car elle est plausible.

19/11/1971

Position

Carte du naufrage

Zone : Golfe de Gascogne
Latitude : 46° 16 N - longitude : 012° 45' W

Notes

1. Maori : Les Maoris sont un peuple d'origine polynésienne habitant les îles Cook et la Nouvelle-Zélande, principalement les régions septentrionales de l'île du Nord et la Nouvelle Calédonie. À l'origine, le terme signifiait littéralement "ordinaire", mais cette étymologie est parfois discutée. En tahitien, māori signifie également "en confiance", "comme des bienvenus". Haere māori mai ! : "Venez, soyez les bienvenus !". .

2. La Compagnie des Messageries Maritimes (MM) est une compagnie maritime française, indépendante de 1851 à 1977, puis fusionnée avec la Compagnie générale transatlantique (CGT) pour former la Compagnie générale maritime (CGM).
En 1851, Albert Rostand, armateur marseillais, proposa à Ernest Simons, directeur des Messageries nationales, de s'associer. Il voulait créer une compagnie maritime de messageries. Cette compagnie fut créée sous le nom de Messageries nationales. Par la suite, elle acquit le nom de Messageries impériales. Enfin, en 1871, avec les changements de régime politiques en France, elle devint la Compagnie des messageries maritimes. La messagerie maritime impose de posséder des navires, de les entretenir ou d'en construire. Ainsi, deux ingénieurs, Henri Dupuy de Lôme et Armand Behic, s'associant au projet, ont encouragé le rachat du chantier naval de La Ciotat.

3. Combinaison de survie : : À la suite du naufrage du cargo Maori en novembre 1971 Daniel Rigolet (né le 5 juin 1930 au Perreux-sur-Marne), capitaine de navire, officier de la marine marchande, directeur de l’École d'apprentissage maritime de Cherbourg de 1973 à 1976) a inventé une combinaison de survie pour les marins en développant un prototype avec la société industrielle des établissements Piel (SIDEP) d’Étampes. Par les arrêtés du Ministre de la mer Louis Le Pensec des 17 janvier et 1er mars 1983, l'emport de combinaison de survie à bord des navires professionnels français devient obligatoire.

Cpt Rigolet
Capitaine Rigolet

Sources

Lloyd's Register (1969-1970) ; Le Marin 12/11/1971 et 19/11/1971 28/12/1979 ; http://ms.maori.free.fr/

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