LA SANE
Corvette à aubes
( 1840-1859)

France

Ar-Men, Sein
Avarie de barre, le 23 septembre 1859

Siège Sébastopol
Guerre de Crimée, arrivée de la flotte au Pirée, le 26 mai 1854 (Litographie de Lebreton, musée de la marine)

Caractéristiques

Corvette à aubes, mise en chantier à l'arsenal de Cherbourg en 1840, le Sané est lancée en février 1847. Il fut nommé le Sané en hommage à l'ingénieur maritime Jacques-Noël Sané.
Elle mesure 72.02 x 12.65 (22 m hors tambours) x 4.90 mètres. Sa propulsion est une machine à vapeur 4 cylindres en diagonale fabriquée à Indret de 450 cv.
Son armement était composé de 2 canons-obusiers de 80 (220mm) et 10 canons de 30 (160mm) en batterie, et de 2 canons obusiers de 80 et 6 canons obusiers de 30 sur les gaillards.

"Quant au Sané, les résultats comme vitesse ont été également satisfaisants, mais les qualités nautiques ont laissé à désirer. Les modifications qu'on apporte aux navires de ce type permettront sans doute de les rendre égaux aux corvettes du type Infernet"

Le Sané est utilisé ensuite comme transport de troupe, puis comme remorqueur.

Sa carrière :

1851 : bombardement de Salé. 1853-54 : il prend part à l'expédition de Crimée dans la 1ère escadre. 1855 : escadre de Méditerranée. 10-1855 : force les passes d'Otchakoff (Mer Noire).

Le naufrage

Remontant de Toulon à Brest, sous le commandement du capitaine Camille Arpin (1) avec 155 hommes d'équipage, le navire fait naufrage, à proximité d’Ar-Men, suite à une avarie de barre, le 23 septembre 1859.

La marine envoie immédiatement les avisos à vapeur, le Prométhé, le Bougainville et le Souffleur sur les lieux du naufrage.
Le commandant Arpin et tout son équipage soit 185 hommes peuvent regagner Brest sans dommage.

presse
Courrier de Bretagne (28/09/1859)

"Une lettre du Conquet donne, au journal l'Océan quelques détails sur des épaves de la fregntea vapeur le Sané.
On a trouve sur le rivage une boite renfermant les cartes et plans de ce bâtiment. Le pont en entier du Sané, avec les hamacs de l'équipagé, est venu à la côte au lieu dit Moulin aux Breniques, commune dePlouzané. On trouve aussi quelques débris le long du littoral."

Courrier de Bretagne (08/10/1859)

"On ne peut attribuer ce déplorable sinistre qu’à la réunion de ces circonstances multiples qui font de la carrière du marin dite vie de dangers continuels et où un terrible hasard joue ordinairement le principal rôle. Le capitaine de frégate Arpin, qui commandait le Sané, a fait ses preuves comme marin , et dans le drame maritime qui vient de s accomplir il a montré, avec la plus complète abnégation de lui même, le plus grand courage et le plus grand sang-froid , pour ne penser qu’au salut de son équipage. Devant doubler la pointe orientale de Bretagne, avec des vents de sud-ouest et un temps très couvert, le commandant Arpin avait pris toutes les précautions exigées en pareil cas. Il veillait lui-même sur le pont depuis plus de vingt heures , lorsque le navire, jeté hors de sa route par une déviation extraordinaire de 10 lieues, vint heurter violemment contre une roche à quelque distance de rentrée de la rade de Brest. La bruine épaisse, condensée à l'horizon , dérobait entièrement la vue des feux dont nos côtes sont si largement pourvues. Il était environ quatre heures du matin. La frégate avait touché sans s’arrêter. Quelques instants après, elle se trouvait dans des eaux profondes.

"On s'aperçut alors qu’une forte voie d'eau s’était déclarée à l’avant, et l'eau, malgré les pompes, monta avec une telle rapidité que la machine fut envahie et les fourneaux éteints. Il ne restait plus au Commandant qu'une seule ressource, la voilure, ressource inerte, impuissante sur un bâtiment alourdi par sa surcharge liquide. Dans celle situation désespérée, on essaya de se diriger vers la cote , mais la frégate ne faisait aucun mouvement et enfonçait de plus en plus. La brume augmentait avec le jour et ne permettait plus au commandant de déterminer une position devenue très critique par la crainte de voir son navire s’engloutir tout à coup dans les flots. C'est alors seulement que le commandant Arpin se décida à faire évacuer un navire désormais impuissant à se mouvoir et compromettant à chaque minute la vie des braves marins qui le montaient. Il donna l’ordre de mettre les embarcations à la mer. Cette opération , toujours dangereuse , s’exécuta avec le plus grand calme, et les matelots munis de leurs sacs et de vivres, s'installèrent dans les différentes embarcations avec tout l’ordre possible. Avant de s’embarquer lui-même , le commandant, resté à bord avec son second et quelques hommes dévoués, voulut tenter un dernier effort. Ils cherchèrent à diriger la frégate jusqu’au moment où l’eau qui montait toujours les atteignit. La proximité des rochers de la chaussée de Sein qu’on venait de découvrir dans une éclaircie à un mille sous le vent et sur lesquels portail un courant rapide ne permit plus de douter de l’inutilité de ce dernier effort surhumain.
Dés que tout le monde fut en sûreté, le commandant, resté seul à bord, s accrocha a l’échelle de poupe et attendit, dans celte position, qu'un des canots put arriver jusqu'à lui. La mer en ce moment déferlait d’une manière affreuse, et ce n était pas sans danger qu’on pouvait s'approcher du navire. Un remous de lame lança la baleinière assez près du commandant pour que les matelots qui la montaient pussent saisir M. Arpin par les jambes et le déposer dans l'embarcation. Nul être vivant ne restait plus à bord. Peut d'instants après le navire entrait dasn les roches de la chaussée de Sein."
Journal de Toulon (3 octobre 1859)

Gravure du Sané

La Sané

Le Sané

Navire auxilliaire devant Kinburn (lithographie de Bayot, Musée de la marine)

Sondages 1998-2000
A.R.H.A.M.I.S.
Directeurs de fouilles : Gaétan Fouquet, Jean-Michel Kéroullé

Nous avions bénéficié en 1995, de conditions exceptionnelles, nous faisant presque oublier que les services des Phares et Balises n'avaient pu accoster que 7 fois en 1867, pour seulement 8 heures de travail la première année de l'édification du phare d'Ar Men situé à 0,5 Milles du site du Sané.

En 1868, on n'effectua que 18 heures sur la roche, en prenant des risques inconsidérés qui valurent à l'ingénieur responsable des réprimandes et la médaille du ministère des phares et balises...

En 1996, trois semaines ont été consacrées aux recherches sur le site du Grazu devant Ploemeur sur les épaves des frégates Ariane & Andromaque, pour lesquelles Bernard de Maisonneuve avait sollicité notre concours pour mener à bien un sondage en urgence à caractère patrimonial.

Dans des conditions de plongées difficiles, la mer déferlant en permanence sur les roches de la chaussée de Sein, il ne nous a pas été possible d'explorer les environs proches de la roche Morven (Morvezen).

Une recherche magnétométrique n'a pas non plus été possible malgré plusieurs tentatives, les tractions sur le câble provoquées par la houle étant trop importantes. Nous avons donc décidé de finir la cartographie du Nord de la passe d'Ar Men, dans le prolongement du site relevé en 1995. La grande houle du large étant toujours présente, nous avons exploré la zone en dérive, en utilisant le courant de flot qui porte au nord.

La mise à l'eau des plongeurs se faisant au DGPS, sur une ligne Est-Ouest tous les 20 mètres. La profondeur passe de 42 à 65 mètres dans la partie la plus Nord, nous avons heureusement bénéficié d'une bonne visibilité, supérieure à 20 mètres. Cette plaine est constitué de gravier entouré de blocs de granit, aucune flore ne résite au courant, facilitant les recherches.

Cette méthode nous a permis de confirmer l'hypothèse émise en 1995 selon laquelle la plus grande partie de l'épave se trouverait au voisinage de l'écueil comme le laissent supposer les documents. Au fur et à mesure de la progression vers le Nord, les éléments du bateau deviennent de plus en plus rares et éparpillés.

Nous avons localisé quelques morceaux du gréement ainsi que des caillebotis provenant de la machine de 0.70 m X 0,70 m dont on retrouve la trace dans le cahier des charges. Nous en avions déjà localisé en 1995.

Nous avons remonté un réa en gaïac d'un diamètre de 280 mm ainsi que quelques rivets de coque et des morceaux de doublage en cuivre.

Position

Carte du naufrage

Zone : Iroise - 48 04 30
Latitude : 48° 03', 5130 N - longitude : 004° 58', 2710 W

Notes

1. Camille Arpin : né le 4 novembre 1814 à Saint- Quentin (Aisne) - Décédé le 1er octobre 1863. Entre dans la Marine en 1830. Aspirant le 20 octobre 1831. Le 1er décembre 1833, élève de 1ère classe. Enseigne de vaisseau le 10 avril 1837. Au 1er janvier 1841, sur le vaisseau de 80 canons "VILLE-DE-MARSEILLE", à Toulon (Eustache QUERNEL, Cdt). Chevalier de la Légion d'Honneur le 17 octobre 1844. Au 1er janvier 1847, Commandant le goélette "FINE", sur les côtes occidentales d'Afrique. Lieutenant de vaisseau le 1er novembre 1843.

Sources

S.H.M. Vincennes ( Inventaire de la sous-série 8DD1 – Plans de bâtiments (depuis 1789) : Sané (Le), frégate à roues : 240 à 242). ; Rapports de sondages N° 04/95 & 07/96, J.M. Kéroullé ; "La Bibliographie de la France", 29 octobre 1859, no. 2593. Abandon de la frégate le Sané sur la chaussée de Sein, par G. T., Brest, imp. lith. Saget. ; Courrier de Bretagne (28/09/1859, 08/10/1859)

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