LE SEDUISANT
ex LEPELETIER (1795)
Vaisseau français de 74 canons (1782-1796)

France

Tevennec
Tempête, le 30 novembre 1790

Le port de Brest en 1793
Vaisseau de 74 canons

Caractéristiques

Le SEDUISANT, vaisseau de premier rang, 74 canons a été construit à l’Arsenal de Toulon par Joseph-Marie-Blaise Coulomb, en 1782, il est lancé le 5 juillet 1783.

Il est renommé LEPELETIER (1), le 30 septembre 1793. Ce nom, il ne le portera que deux années et le 30 mai 1795, il retrouve son nom de baptême. Il mesure 173,3 pieds du Roi (56,27 mètres) pour une largeur de 43,8 pieds du Roi (14,18 mètres). Son déplacement est de 1550 tonnes.

ll est armé de 28 canons de 36 livres, 30 canons de 18 livres et 16 de 8 livres.

Le port de Brest en 1793
"Le port de Brest", huile de J.F. Hue, 1793
Musée de La Marine, Paris

Le naufrage

En décembre 1796, Hoche dépêche une armée navale pour soutenir les patriotes irlandais en lutte contre l'Angleterre. Partie de Brest, l'expédition (2) comprend quinze navires, dont "La Fraternité", navire amiral, commandé par l'amiral Morard de Galles, "L'Immortalité", "La Résolue", "Le Séduisant"...

L'expédition appareille, mais la tempête y met un grand désordre. Ignorant que le navire amiral a modifié sa route, le Séduisant commandé par le capitaine de vaisseau Berrade, fait route au sud en compagnie de "La Résolue".

Le 16 décembre 1796, les navires essuient près de l'île de Sein, un coup de vent qui les ramènent à la côte. Chargé de 600 soldats, le Séduisant est drossé sur l'îlot Tévénnec vers dix-huit heures. Toute la nuit, il tire des coups de canons et lance des fusées pour appeler au secours avant de se fracasser.

Trois cents marins environ se noyèrent et mille hommes d'équipage environ se sauvèrent. Les habitants de Sein participèrent activement au sauvetage des marins du Séduisant et supportèrent par la suite leur présence sur l'île pendant plusieurs jours.

Suite à l'action des îliens en faveur des naufragés, le ministre de la marine, Truguet, ordonna le ravitaillement de Sein. Les jeunes hommes de l'île furent exonérés de faire leur service militaire hors de leur île pour participer aux actions de sauvetage en cas de naufrage.

Tevennec
Tempête su Tévennec

"Lorient, le 2 nivôse l'an 5e de la République française (…) Depuis la nouvelle de la perte du vaisseau Le Séduisant, nous n'avons eu aucune nouvelle de cette armée ni des mouvements de l'ennemi..."
S.H.D.V (BB3/841 f° 2-3)

Sondages 1998-2000
Directeur de fouilles : Jean-Michel Kéroullé

La découverte du site :

C’est le plongeur de Molène, Michel Cloâtre, qui découvre le site en 1986. Le Séduisant est complétement fracassé et ses débris jonchent une surface de plusieurs centaines de mètres, même ses canons de plus d’une tonnes sont dispersés.

Au magnétomètre les impacts sont très faibles. On ne peut relever alors que quelques artefacts.

Un sondage est confié à l’équipe SAMM de l’ïle de Sein. Ce sondage va durer deux saisons. A cause de l’étendue du site, des violents courants qui agitent la zone et des conditions météorologiques très capricieuses, il était impossible de procéder à une fouille complète du site. L’équipe s’est contentée donc d’en extraire les objets les plus remarquables.

C’est ainsi qu’ont été remontés, un pierrier en bronze, des éléments d’armes blanches et d’armes à feu (pontets, plaques de couches, poignets de sabre, fourreaux de baïonnette en cuir... De nombreuses munitions, balles de fusil, grenades, boulets, ... Des éléments du gréement, poulies, réas, renfort d'extrémité de vergue, morceaux de cordage, aiguillot, chaîne de sauvegarde du safran, chevilles... Des objets de la vie à bord, plomb de sonde, cuillère, corps de pompe, morceaux de la cloche de bord, ...

Ces objets ont été déposés au musée du sauvetage de l’ïle de Sein. Le site aujourd’hui est encore tapissé de d’immonbrables balles en plomb de mousquets et d’énormes canons en fontes de fer de 36 livres.

Rapport de fouille

Fémelot du Séduisant

Cloche Séduisant

Grenades à main

Aiguillot et chaîne de sauvegard du Séduisant
(Musée de l'île de Sein)

Morceau de la cloche de bord
(Musée de l'île de Sein)

Grenades à main
(Musée de l'île de Sein)

Vidéo
Le Séduisant

Notes

1. Louis-Michel Lepeletier, marquis de Saint-Fargeau, né le 29 mai 1760 à Paris, et mort le 21 janvier 1793, jour de l'exécution de Louis XVI, victime d'un assassinat perpétré la veille, homme politique et juriste français. Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau est issu d’une illustre famille de parlementaires. Il est arrière-petit-fils de Michel Robert Le Peletier des Forts, comte de Saint-Fargeau, fils de Michel-Étienne Le Peletier de Saint-Fargeau (1736-1778) et de Suzanne-Louise Le Peletier de Beaupré. Après avoir été un opposant de la peine de mort, il se ravise, et non sans avoir hésité, il vote la mort de Louis XVI le 20 janvier 1793. Le soir même de son vote, il se rend chez Février, restaurateur au Palais-Royal. Un ancien garde du corps de Louis XVI, Philippe Nicolas Marie de Pâris, qui cache un sabre sous sa houppelande, se présente devant lui et lui dit, selon les témoignages : "C'est toi, scélérat de Lepeletier, qui as voté la mort du roi ? ", ce à quoi il aurait répondu : "J'ai voté selon ma conscience ; et que t'importe ? " Pâris lui enfonce alors son épée dans le côté en lançant : "Tiens, voilà pour ta récompense", avant de s'enfuir. Blessé à mort, Lepeletier n'aurait pu dire que : "j'ai froid !" Transporté au domicile de son frère, place Vendôme, il y expire le 21 janvier 1793 vers une heure et demie du matin, quelques heures avant Louis XVI

2. L'expédition d'Irlande : Deux patriotes irlandais dénommés Arthur O’Connor et Lord Edward Fitzgerald prirent contact en 1796 avec le Ministre de France à Hambourg. Lazare Carnot, se détermina ainsi à mettre, sur pied de guerre, une flotte de 43 bâtiments en rade de Brest, et confia au général Hoche, pacificateur de la Vendée, la responsabilité terrestre de l’expédition. Celle-ci prit du retard jusqu’en décembre 1796, moment peu favorable à une expédition navale. 15.000 hommes furent embarqués à Brest et l’amiral Villaret Joyeuse, d’abord pressenti, fut remplacé au pied levé par Morard de Galles. De son côté, l’amiral anglais Bridport estimait une sortie de Brest hautement improbable et relâchait sa vigilance, gardant l’essentiel de la flotte en rade de Portmouth. Le 16 décembre, la flotte française s’ébranle pour gagner le passage du Raz, particulièrement délicat pour les gros bâtiments de la ligne. Bien que Morard de Galles se soit alors ravisé pour préférer une sortie en mer d’Iroise, ses signaux sont mal reçus et la flotte se trouve divisée en deux tronçons dès le départ. Le Séduisant, un vaisseau de 74 canons, se brise sur les récifs et le navire-amiral Fraternité transportant Morard de Galles et Hoche, se perd de son côté. Néanmoins le reste de la flotte, ayant pris connaissance d’un ordre de marche jusque-là scellé par souci du secret, parvient à l’entrée de la baie de Bantry, au sudouest de l’Irlande, le 21 décembre… C’est alors que les sérieux ennuis allaient commencer. Le vent d’est qui soufflait et avait jusque-là favorisé la flotte d’invasion rendait la progression dans la baie particulièrement laborieuse pour des vaisseaux inaptes à remonter au vent. En outre, le contre-amiral Bouvet, désormais chargé du commandement, était paralysé par la crainte de voir déboucher dans son dos la flotte anglaise qui pourrait facilement interdire la retraite à la flotte française. Le corps expéditionnaire était désormais entre les mains du général Grouchy (celui de Waterloo) en l’absence de Hoche. Après une tentative très timide de débarquement, la flotte reprit le 27 décembre la direction de Brest où elle parvint le 14 janvier 1797, ayant perdu 11 bâtiments dont six aux mains des Britanniques.

Sources

L'Association des Anciens de la Navale Caennaise ; www.marine-marchande.net ; Photo Marius Bar (A22832) ; Le Marin (15 octobre 1965) ; Maison des Hommes (fond photographique ) ; Association Histoire de la Construction Navale, Nantes (fiche navire Le Nérée) ;

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