Fortune de Mer

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"LE PELETIER, ex SEDUISANT"
Vaisseau français de 74 canons (1782-1796)

Le port de Brest en 1793
"Le port de Brest", huile de J.F. Hue, 1793, Musée de La Marine, Paris

Sondages 1998-2000
A.R.H.A.M.I.S. Directeur de fouilles : Jean-Michel Kéroullé
Sondage et découverte du site : Michel Cloatre

Historique du naufrage :

En décembre 1796, Hoche dépêche une armée navale pour soutenir les patriotes irlandais en lutte contre l'Angleterre. Partie de Brest, l'expédition (1) comprend quinze navires, dont "La Fraternité", navire amiral, commandé par l'amiral Morard de Galles, "L'Immortalité", "La Résolue", "Le Peletier ex Séduisant"...
L'expédition appareille, mais la tempête y met un grand désordre. Ignorant que le navire amiral a modifié sa route, "Le Peletier" commandé par le capitaine de vaisseau Berrade, fait route au sud en compagnie de "La Résolue". Le 16 décembre 1796, les navires essuient près de l'île de Sein, un coup de vent qui les ramènent à la côte. Le Peletier est drossé sur l'îlot Tévénnec et s'y fracasse. Cinq cents hommes seulement seront sauvés sur les mille cinq cents qui se trouvaient à bord...
Le reste de la flotte est dispersé. Laissés à eux-mêmes, les commandants décachettent les instructions prévues et mettent cap sur l'Irlande. Le 21 décembre, devant Baintree, une nouvelle tempête se lève alors que la flotte a pu enfin se rassembler. Tout débarquement est impossible. "La Surveillante" est perdue. "Le Redoutable" entre en collision avec "La Résolue" qui perd beaupré, misaine, grand mât de hune et artimon. L'expédition meutrie, est contrainte à regagner piteusement Brest.

Fémelot du Séduisant
Cloche Séduisant
Grenades à main
Aiguillot et chaîne de sauvegarde du safran
du Séduisant
(Musée de l'île de Sein)
Morceau de la cloche de bord
(Musée de l'île de Sein)
Grenades à main
(Musée de l'île de Sein)

Le Séduisant a été construit à Toulon par l'architecte Coulomb, en 1782. Lancé en 1783, c'est un navire de 74 canons de second rang, de 56,3 x 14,2 mètres et 1550 tonnes de déplacement. En 1795, il est refondu et renommé, "Lepeletier" en l'honneur du révolutionnaire Louis Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, député conventionnel assassiné (2). Il est armé de 28 canons de 36, 30 canons de 18, et 16 de 8 livres.

Maquette du Séduisant

Maquette du Séduisant

SAMM-Séduisant from SAMM on Vimeo.

Rapport de fouille

Notes :

1. L'expédition d'Irlande : Deux patriotes irlandais dénommés Arthur O’Connor et Lord Edward Fitzgerald prirent contact en 1796 avec le ministre de France à Hambourg. De son côté, Theobald Wolfe Tone, un avocat presbytérien qui avait embrassé la cause nationaliste, parvint à Paris avec la ferme intention de susciter l’intérêt du Directoire pour une expédition en Irlande. Lazare Carnot, l’infatigable stratège du gouvernement, se détermina ainsi à mettre sur pied de guerre une flotte de 43 bâtiments en rade de Brest, et confia au général Hoche, pacificateur de la Vendée, la responsabilité de l’expédition. Celle-ci prit du retard jusqu’en décembre 1796, moment peu favorable à une expédition navale. D’un autre côté, la capture de la flotte hollandaise allait accorder quelques précieuses ressources navales en renfort. 15.000 hommes furent embarqués à Brest et l’amiral Villaret Joyeuse, d’abord pressenti, fut remplacé au pied levé par Morard de Galles. De son côté, l’amiral anglais Bridport estimait une sortie de Brest hautement improbable et relâchait sa vigilance, gardant l’essentiel de la flotte en rade de Portmouth. General Jean Humbert Général Jean Humbert (1755-1823), héros de l’historiographie irlandaise General Jean Humbert, head of the French expeditionary force (1798) Le 16 décembre, la flotte française s’ébranla pour gagner le passage du Raz, particulièrement délicat pour les gros bâtiments de la ligne. Bien que Morard de Galles se soit alors ravisé pour préférer la sortie en mer d’Iroise, ses signaux furent mal reçus et la flotte se trouva sectionnée en deux tronçons dès le départ. Le Séduisant, un vaisseau de 74 canons, se brisa sur les récifs et le navire-amiral Fraternité transportant Morard de Galles et Hoche, se perdit de son côté. Néanmoins le reste de la flotte, ayant pris connaissance d’un ordre de marche jusque-là scellé par souci du secret, parvint à l’entrée de la baie de Bantry, au sud-ouest de l’Irlande, le 21 décembre… C’est alors que les sérieux ennuis allaient commencer. Le vent d’est qui soufflait et avait jusque-là favorisé la flotte d’invasion rendait la progression dans la baie particulièrement laborieuse pour des vaisseaux inaptes à remonter au vent. En outre, le contre-amiral Bouvet, désormais chargé du commandement, était paralysé par la crainte de voir déboucher dans son dos la flotte anglaise qui pourrait facilement interdire la retraite au Français. Le corps expéditionnaire était désormais entre les mains du général Grouchy (celui de Waterloo) en l’absence de Hoche. Après une tentative très timide de débarquement, la flotte reprit le 27 décembre la direction de Brest où elle parvint le 14 janvier 1797, n’ayant perdu que 11 bâtiments dont six aux mains des Britanniques.

2. Louis-Michel Lepeletier, marquis de Saint-Fargeau, né le 29 mai 1760 à Paris, et mort le 21 janvier 1793, jour de l'exécution de Louis XVI, victime d'un assassinat perpétré la veille, homme politique et juriste français. Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau est issu d’une illustre famille de parlementaires. Il est arrière-petit-fils de Michel Robert Le Peletier des Forts, comte de Saint-Fargeau, fils de Michel-Étienne Le Peletier de Saint-Fargeau (1736-1778) et de Suzanne-Louise Le Peletier de Beaupré. Après avoir été un opposant de la peine de mort, il se ravise, et non sans avoir hésité, il vote la mort de Louis XVI le 20 janvier 1793. Le soir même de son vote, il se rend chez Février, restaurateur au Palais-Royal. Un ancien garde du corps de Louis XVI, Philippe Nicolas Marie de Pâris, qui cache un sabre sous sa houppelande, se présente devant lui et lui dit, selon les témoignages : "C'est toi, scélérat de Lepeletier, qui as voté la mort du roi ? ", ce à quoi il aurait répondu : "J'ai voté selon ma conscience ; et que t'importe ? " Pâris lui enfonce alors son épée dans le côté en lançant : "Tiens, voilà pour ta récompense", avant de s'enfuir. Blessé à mort, Lepeletier n'aurait pu dire que : "j'ai froid !" Transporté au domicile de son frère, place Vendôme, il y expire le 21 janvier 1793 vers une heure et demie du matin, quelques heures avant Louis XVI

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